En direct du local des CE

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Dialogue social à RFI : silence radio !

Paru dans le numéro 42 - Septembre-octobre 2009

Menacée par un PSE drastique, la radio internationale vient de connaître la plus longue grève de l’histoire de l’audiovisuel. Après la parenthèse de l’été, la rentrée promet d’être riche en rebondissements pour le comité de la station.

Troisième radio dans le monde, première dans la plupart des capitales de l’Afrique francophone, diffusée dans 74 pays, écoutée par plus de 45 millions d’auditeurs… Et pourtant, la Voix de la France est sur la sellette. Six mois après leur prise de fonction à la tête de Radio France Internationale, Christine Ockrent et Alain de Pouzilhac annonçaient un plan social économique touchant près d’un quart des effectifs ainsi que six rédactions en langues étrangères.

Selon les arguments avancés par la direction, la radio subirait des pertes de part de marché ainsi que des difficultés économiques. Mais le rapport du cabinet d’expertise (cabinet INA) mandaté par le comité d’entreprise montre une tout autre réalité. D’une part, il met en évidence « l’absence totale de pertinence de la notion de part de marché pour une radio non commerciale ». La direction a d’ailleurs reconnu que les 45 millions d’auditeurs dans le monde pouvaient même être en hausse et elle a retiré ce point de son argumentaire. D’autre part, le rapport avance que le déficit n’est pas économique, mais comptable. La radio souffrirait d’un manque structurel de financement de la part de l’État : de 2004 à 2008, l’augmentation des recettes publiques de la chaîne a été de 3,4 % contre 11,9 % en moyenne dans l’audiovisuel public. Le CE est actuellement en procédure judiciaire pour demander la « nullité » du plan.

Cet été, une « trêve estivale » a été votée pour ne pas pénaliser les CDD et les pigistes, nombreux à cette période. Mais à la rentrée, le mouvement devrait reprendre. L’intersyndicale, pour qui ce PSE « signifie à terme le démembrement de RFI », réclame au gouvernement un médiateur et demande que les licenciements contraints soient transformés en plan de départs volontaires.

En direct du CE

Un bras de fer s’est très vite installé entre les nouveaux dirigeants de RFI et son comité d’entreprise. Avocats, procédures judiciaires, missions d’expertise, le CE a tout mis en Å“uvre pour défendre les salariés d’un plan social économique qu’il juge « politique » avant d’être « Ã©conomique ». Rencontre entre deux AG avec Maria Afonso, secrétaire du comité d’entreprise de RFI.

Qu’y a-t-il dans le plan social que vous a présenté la direction de RFI ?

Le 15 janvier dernier, la direction a annoncé un plan social économique de 206 suppressions de postes. Sur près d’un milliers de postes que nous comptons, cela représente 22 % des effectifs. Ces suppressions ne concernent que la production, mais ne touchent pas à l’encadrement. Il y a notamment 106 postes de journalistes qui sont visés et ils veulent supprimer six rédactions de langues étrangères (Allemagne, Albanie, Pologne, Serbie-Croatie, Turquie et Laos) ainsi que neuf filiales à l’étranger. C’est une manière d’affaiblir l’antenne.

Le plan social touche aussi aux conditions de travail de ceux qui vont rester. Notre activité a beaucoup de spécificités. Nous tenons l’antenne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, il y a donc beaucoup de salariés qui travaillent en « cyclé » et le PSE remet en question tous nos accords d’entreprise sur les 35 heures…

Enfin, il y a la fusion des métiers, qui va imposer des changements de postes. Tous les chargés de réalisation et techniciens devront se convertir en TCR (techniciens chargés de la réalisation, ndlr). Mais comme nous n’avons pas de GPEC, ces reconversions ne seront ni volontaires, ni encadrées par une formation, comme nos accords le prévoient. Et aujourd’hui, d’après nos dirigeants, il est trop tard pour faire un GPEC… Notre avocat dit qu’il n’a jamais vu un Livre III et IV comme ça !

Comment le comité d’entreprise a-t-il réagi ?

C’est la première fois que nous faisons face à une telle situation. Nous avons dû tout apprendre au fur et à mesure. Nous avons commencé par prendre un avocat. D’ailleurs ça n’a pas été facile d’en trouver un, parce que notre dossier est assez « politique ». À chaque fois qu’il y a des irrégularités, nous entamons une procédure. Nous avons donc fait un premier référé parce que notre employeur jouait sur l’ambiguïté de l’ordre du jour et ne nous donnait pas tous les documents nécessaires à la consultation. Référé que nous avons d’abord perdu, puis gagné en appel, parce qu’entre-temps la loi du 5 mars sur l’audiovisuel était passée et que le juge a reconnu qu’il y avait effectivement un lien entre le PSE et cette nouvelle loi. Pour l’instant, il y a une suspension des licenciements, mais ce n’est que pour un temps. Les procédures continuent.

Que remettez-vous en question dans ce plan social ?

Nos dirigeants nous parlent de motifs économiques, mais nous pensons qu’il n’y a pas de motifs économiques, puisque c’est l’État qui est actionnaire à 100 %. Nous avons mandaté un expert pour étudier notre dossier et il n’a pas trouvé de raisons économiques au PSE. Il pense aussi que la décision est seulement politique. Nous sommes une mission de service public et ce n’est pas facile pour les salariés de comprendre pourquoi ceux-là même qui donnent l’argent décident qu’il y aurait un déficit économique.

À ce jour, où en est le mouvement ?

Ça va beaucoup plus loin qu’on ne le pensait. Nous en sommes à neuf semaines de grève : c’est le mouvement social le plus long que l’ORTF ait jamais connu ! Nos dirigeants veulent « gérer » RFI comme une boîte du privé, mais dans le privé, ils ne laisseraient jamais durer une grève aussi longtemps. En fait, on a tous les inconvénients du privé et du public ! Aujourd’hui, si la direction accepte de mettre en Å“uvre de véritables plans de départs volontaires, nous sommes prêts à en négocier les modalités. Mais pour cela, nous voulons qu’ils s’engagent à ce qu’il n’y ait aucun licenciement sec, et pour l’instant, il n’y a aucun engagement de leur part. Dernièrement, le juge des référés du Tribunal de Grande Instance de Paris a rejeté notre demande de nullité du plan social. Visiblement, les arguments que l’on apporte à la justice ne sont jamais suffisants… Mais on va faire appel en septembre. Pour le moment, on est en stand-by. Il doit y avoir à la rentrée des négociations collectives qui risquent de ne pas apaiser le climat social. Mais soyons optimistes, on ne va pas partir avec des a priori !

Par ailleurs, est-ce que les activités « classiques » du comité d’entreprise continuent de fonctionner malgré tout ?

Oui, mais c’est vrai qu’en ce moment, les activités sociales et culturelles ne marchent pas très bien. Les salariés se sentent menacés, ils sont donc plus réticents pour acheter des billets pour des spectacles ou des sorties. D’habitude, quand nous faisions des opérations spéciales, les places partaient rapidement, aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

La riposte des salariés de RFI

Face à la remise en cause par la nouvelle direction du fonctionnement de leur station et face à l’incertitude de conserver leur emploi, les salariés de RFI se sont mobilisés sur la place publique et sur la Toile.

Riposte sur le Web

Pour permettre aux salariés, mais aussi aux auditeurs solidaires, d’exprimer leur mécontentement et leur soutien, un blog a vu le jour (http://rfiriposte.wordpress.com). Largement alimenté et commenté par de nombreux « rfistes », ce site permet de relayer le conflit au jour le jour, ainsi que toutes les manifestations de soutien. On peut notamment y visionner le film 206, qui retrace l’historique du mouvement.

Une radio éphémère

Le 24 juin, après six semaines de grève, le personnel de la station s’est installé sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris pour diffuser en direct et en public une émission spéciale et éphémère baptisée « RFI Riposte ». Abrités d’un soleil de plomb sous une tente blanche, journalistes, producteurs et techniciens étaient tous là pour assurer sept heures d’antenne retransmises via des haut-parleurs et sur Internet. L’animateur a pris la parole : « Vous écoutez RFI Riposte, une radio autonome et ludique, une radio d’un jour pour dire non aux licenciements et régler le plus long conflit de l’audiovisuel. Nous demandons… (silence) un mé-dia-teur ! » Le ton était lancé. Le but de cette action spectaculaire était d’expliquer aux auditeurs la spécificité de la station, son importance au niveau planétaire, ainsi que les menaces qui pèsent sur son avenir. Tout au long de cette journée, des personnalités françaises et étrangères se sont succédé pour exprimer leur soutien à la radio internationale.

Un pot de solidarité

Pour soutenir la mobilisation des salariés dans le temps, l’intersyndicale de la radio a mis en place un système de « pot de solidarité ». Chaque personne mobilisée donne à peu près le salaire d’une journée de travail par semaine à cette caisse de soutien, afin que ceux qui déposent leur préavis de grève ne soient pas trop sanctionnés financièrement. En outre, la grève est organisée de manière tournante et pour qu’un petit nombre de grévistes seulement perturbent l’antenne le plus possible.

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