Rares sont les élus qui se disent satisfaits du dialogue social entretenu avec l’employeur. Les représentants au comité d’entreprise de la société VIAMEDIS sont de ceux-là . Depuis son élection en octobre 2006, une dynamique d’écoute et de propositions mutuelles s’est développée entre les représentants du personnel et la direction. Des résultats concrets prouvent déjà la vertu d’un tel climat. Le comité d’entreprise de VIAMEDIS a accepté de nous recevoir et de nous faire part de son expérience.
Notre interlocutrice : Houria HAMMOUDI, secrétaire du CE de VIAMEDIS.
Au sein de Viamedis, les relations professionnelles sont plutôt bonnes d’une manière générale. Ce n’est pas très commun !
Houria Hammoudi : Oui, et il nous semblait qu’il était important d’en témoigner. Dans de nombreuses entreprises, les relations professionnelles sont souvent houleuses, pleines de tabous. En tant que syndiquée et élue depuis longtemps, j’en ai moi-même fait l’expérience dans d’autres sociétés. Nous avons la chance de connaître un dialogue serein et constructif au sein de Viamedis, cela peut être intéressant d’en parler.
Un projet récent soumis par le CE à la direction a illustré la cordialité du dialogue social : l’entreprise a accepté de prendre en charge une partie du coût financier lié à l’arrêt du tabac pour l’ensemble des salariés, idée que vous aviez proposée. Pouvez-vous nous expliquer la façon dont ce projet a abouti ?
Houria Hammoudi : La proposition est partie d’une recherche que nous avions faite. Certains de nos collègues avaient le désir d’arrêter de fumer, et nous nous étions alors renseignés sur les modalités de prise en charge des traitements par la Sécurité sociale. Nous avions appris qu’elle ne remboursait qu’une boite de patchs ou tout autre médicament, ce qui correspondait à un mois de traitement. Comme la caisse primaire nous avait aussi précisé que la durée des traitements était généralement de quatre mois, nous avons eu l’idée de proposer à la direction de prendre en charge le deuxième mois de traitement pour les salariés qui le désireraient, sur justificatifs. Sur 110 salariés, nous avions compté une trentaine de fumeurs, et une enquête que nous avions réalisée avait montré l’intérêt des salariés pour cette proposition.
Quelle a été la réaction de la direction ?
Sa réaction nous a surpris : loin de rejeter notre proposition, M. Willems, le directeur général, nous a écoutés attentivement et nous a finalement proposé un projet plus ambitieux ! Il nous a fait part de son idée de sensibiliser au préalable les salariés à l’arrêt du tabac, pour évaluer ensuite ce qui pourrait être fait. C’est ainsi que notre projet a pris de l’ampleur : l’entreprise a pris en charge la venue d’un médecin tabacologue, qui a animé une réunion d’information sur l’arrêt du tabac.
Cette opération a-t-elle été un succès ?
Tout à fait ! Sur une trentaine de fumeurs « recensés », une quinzaine de salariés ont assisté à la réunion et se sont dits très satisfaits. Le médecin avait organisé une conférence-débat d’une demi-journée. La société Itelis, que nous avions découverte dans notre contrat de mutuelle, et qui constitue une plate-forme de services en matière de santé, nous avait transmis ses coordonnées.
La conférence a duré trois heures, et chacun a pu s’exprimer sur son tabagisme. Le médecin a expliqué la dépendance, l’engagement dans la démarche, les soutiens - médicamental et moral, la maîtrise du problème pondéral ; il a mis aussi l’accent sur le temps de la réflexion, le positivisme même face aux échecs toujours possibles. Des tests et des jeux ont permis d’évaluer les conséquences du tabagisme sur le fumeur et l’entourage. C’était très ludique et instructif.
Comme en plus la réunion avait lieu pendant les heures de travail, avec autorisation pour chaque salarié de s’y rendre bien évidemment, elle a été particulièrement appréciée. Nous avons ensuite pu évaluer les désirs de chacun de s’engager dans cette démarche, et présenter la demande de prise en charge du deuxième mois de traitement à la direction, laquelle a donné son accord.
Que retirez-vous de cette expérience ?
Que dans certaines entreprises, le dialogue peut être agréable et constructif ! Cette expérience a créé une très bonne dynamique entre le CE et la direction. Depuis, nous avons continué à être à l’écoute des salariés. Notre optique est de soumettre des propositions raisonnables et construites : une évaluation des besoins, des enquêtes, le cas échéant des études de marché avec des prestataires sont nécessaires afin de monter des propositions solides. Quelle satisfaction de voir que nous pouvons améliorer le quotidien des salariés par notre action !
D’autres propositions ont-elles ainsi abouti ?
Oui, et non des moindres : nous avons ainsi obtenu la prise en charge intégrale de la cotisation des salariés à la mutuelle d’entreprise. Le projet est né à l’occasion de l’information-consultation du comité d’entreprise sur le contrat de mutuelle qui avait cours, et auquel tous les salariés étaient obligés de souscrire. De nombreux salariés nous avaient indiqué leur gêne à cotiser à la mutuelle, parce que leur conjoint en avait déjà une, ou parce que la dépense était trop importante pour l’engager, préférant payer totalement les consultations ponctuelles plutôt qu’avoir à engager une pareille somme sur l’année. Nous avions proposé de rendre la mutuelle facultative, mais la direction nous a fait part des difficultés d’une telle formule. Concrètement, elle nous a transmis le dossier pour étude. Nous avons pu examiner les différents aspects de la question nous-mêmes. Nous avons alors pris l’initiative de contacter directement la mutuelle et de négocier avec elle plusieurs niveaux de couverture.
Nous avons ensuite proposé la prise en charge de la couverture de base à l’employeur. Et le directeur général a donné son accord ! Forts de cet engagement, nous sommes retournés vers la mutuelle et avons négocié de manière encore plus serrée avec elle : nous avons obtenu des garanties supplémentaires en lunetterie et en soins dentaires pour la couverture de base. Au final, 90 % des salariés ont opté pour cette couverture, ce qui signifie qu’ils bénéficient désormais d’une couverture supplémentaire maladie sans rien débourser.
Pensez-vous que le dialogue se poursuivra ainsi sur tous les sujets ?
Tout ceci nous laisse à penser qu’il suffit peut-être de demander pour obtenir chez Viamedis ! Plus sérieusement, la discussion sera certainement plus ardue lorsqu’il s’agira par exemple des augmentations de salaires. Mais le dialogue est là , et ce qui est très appréciable, c’est qu’il est respectueux de part et d’autre. Cela rend le rôle du comité d’entreprise d’autant plus important pour les salariés.
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