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Les salariés du CIC montent sur les planches

Paru dans le numéro 53 - Juillet-Août 2011

Par Ciruela Barreto

Monter une pièce pour la jouer sur scène devant la salle pleine d’un théâtre parisien, c’est le défi que relèvent chaque année les membres du Club Théâtre du CE du CIC Île-de-France. Rencontre .

Nous avions déjà rencontré le CE du CIC ÃŽle-de-France pour vous présenter son Club Cinéma. Cette fois, c’est son Club Théâtre qui a attiré notre attention pour la qualité de ses choix et l’engagement de ses membres. Depuis 12 ans, les adhérents de ce Club se retrouvent toutes les semaines pour travailler avec le metteur en scène Ludovic Girard, et chaque année ils montent une pièce qu’ils jouent en juin au théâtre de Trévise, dans le 9e arrondissement parisien. Nous sommes allés les rencontrer pendant les répétitions des deux pièces de Feydeau et du Silence, de Nathalie Sarraute, qu’ils donneront cette année. Rencontre avec Laurence Benoît et Sylvia Chicheportiche, fondatrices de ce Club Théâtre et amies depuis trente ans, qui n’en finissent pas de se contredire sur tout et rien, pour finalement s’accorder à dire qu’elles forment un duo parfait !

Comment a commencé le Club Théâtre du CE CIC ?

Laurence Benoît : C’était il y a 12 ans, en 1999. Nous avons proposé à la commission Loisirs et Culture du CE de créer un Club Théâtre. Notre projet a été accepté.

Sylvia Chicheportiche : Au début, nous étions onze personnes, ce n’était pas beaucoup. Après, pendant certaines années, nous sommes montés jusqu’à vingt, et maintenant, nous sommes en moyenne treize personnes. Mais quand on est trop nombreux, ce n’est pas facile à gérer pour que tout le monde puisse jouer, ça dépend des pièces.

L. B. : C’est aussi grâce à l’appui de Joachim Lopez, le secrétaire du CE. Il a fait partie des premiers du Club. Aujourd’hui, il est parti dans un autre groupe de théâtre pour évoluer et changer un peu.

S. C. : Nous avons aussi eu un collègue qui a fini par partir de la banque pour devenir comédien professionnel. Il a suivi le cours Florent. On le voit parfois dans des pubs à la télévision…

L. B. : Des premiers membres du Club, il en reste quatre aujourd’hui.

Qui sont les membres du Club ?

S. C. : Généralement, il y a de tout, mais actuellement nous n’avons pas de cadre, ce sont des employés, des secrétaires et quelques retraités. Et il y a toujours eu plus de femmes, donc souvent, soit un homme tient deux rôles, soit une femme joue un rôle d’homme.

L. B. : Ça s’est rajeuni aussi, cette année nous avons cinq jeunes. Il y a un noyau dur de cinq, six personnes, et le reste se renouvelle chaque année. Ça marche bien…

S. C. : Tant qu’on est là ! On ne sait pas ce que ça va donner le jour où l’on partira.

L. B. : On va être remplacées.

S. C. : Oui, mais est-ce qu’on trouvera des gens qui voudront s’en occuper ? Il faudrait y penser tout de suite.

L. B. : Ça ne va pas être facile, parce que depuis le temps, au niveau des commissions, on a acquis un certain poids, on nous connaît et on nous fait confiance.

Quelles sont leurs motivations ?

L. B. : Ils aiment le théâtre ! Mais aussi, au niveau professionnel, ça leur apporte beaucoup… Nous avons des boulots sédentaires, pas créatifs, et là, ça leur donne énormément confiance en eux, notamment pour certaines personnes qui avaient des soucis de santé et étaient un peu mises à l’écart dans l’entreprise. Il y en avait une qui se tenait voûtée à cause de problèmes de dos, mais pendant les représentations elle s’est complètement redressée ! Et pour les conseillers bancaires, ça peut les aider pour démarcher les clients. Mais c’est un grand débat de savoir si le théâtre est thérapeutique ou non. Ludovic est contre cette idée, mais moi je pense que ça aide à supporter le boulot. C’est pour cette raison que si un jour il n’y a plus de club, ce serait vraiment dommage.

S. C. : Moi, je ne dis pas que c’est thérapeutique. Tout le monde n’a pas un problème dans son travail ! Quand j’ai commencé le théâtre, je ne l’ai pas fait parce que je n’allais pas bien ou que j’étais réservée. Mais c’est sûr que la pratique théâtrale apporte de la confiance, apprend à se contrôler.

C’est beaucoup de travail, une représentation dans un grand théâtre comme celui-ci. Comment vous organisez-vous ?

L. B. : Je délègue. Il y en a un qui fait les tableaux pour les présences, d’autres qui font les décors, même pour les costumes, tout est fait maison. On se débrouille… Sylvia et moi, nous sommes seulement à la commission pour le budget et nous sommes responsables pour les répétitions, mais pour tout le reste, nous déléguons. C’est aussi pour ça que ça marche, parce qu’il n’y a pas de « Moi, je », chacun apporte quelque chose.

S. C. : Et c’est Laurence qui fait les dessins pour les affiches !

Une fois par mois, vous organisez des sorties théâtre et restaurant. Comment choisissez-vous les pièces que vous proposez ?

S. P. : Depuis 12 ans, on va voir deux ou trois pièces par mois, et ensuite on choisit…

L. B. : Moi je suis plus classique que Sylvia. On fait un duo très intéressant, parce que Sylvia est plus limite « boulevard »â€¦ . S. C. : Non, non, non ! Je ne suis pas « boulevard » ! Mais moi, je suis plus ouverte que Laurence. Je pense que l’on ne va pas voir une pièce pour nous. On est dans une entreprise, donc je choisis une pièce pour l’ensemble des salariés de l’entreprise. Il en faut pour tous les goûts.

L. B. : Oui, mais je considère que notre rôle est d’élever les gens.

S. C. : Je les élève aussi… Quand je vais voir une pièce, je n’y vais jamais seule et je demande toujours son avis à la personne qui m’accompagne. Parce que j’ai un point de vue et que l’autre n’a pas toujours le même. Mais je ne vais pas voir les pièces où l’on claque les portes, le théâtre de boulevard, ce n’est pas mon style…

L. B. : Moi, je veux des pièces de théâtre de qualité, c’est tout ! Mais on fait un très bon duo parce que finalement, on arrive à être d’accord. C’est le duo infernal, mais ça marche très bien !

Ces sorties ont du succès ?

L. B. : Oui. Mais à cause de problèmes de budget, on est passé de 80 personnes à 70, puis à 60.

S. C. : Une fois, on est allés jusqu’à 120 personnes. On avait pris tout le Théâtre de Poche pour nous !

L. B. : Maintenant, on est obligés de refuser les retraités s’il n’y a pas assez de places, et il y a souvent plus de demandes que de places… C’est vraiment dommage, parce que c’est un formidable lien social, ça permet de sortir ensemble, de discuter des pièces qu’on a vues.

Comment vous est venu le goût pour le théâtre ?

S. C. : C’est venu au fur et à mesure de nos sorties théâtre. Et aussi, à force de jouer et de décortiquer les rôles. Quand je vais au cinéma ou au théâtre, ce n’est pas le sujet et l’intrigue qui m’importent le plus, mais c’est le jeu des acteurs. C’est vraiment le Club qui a enrichi ma culture théâtrale, avant j’avais été au théâtre avec l’école comme tout le monde et j’avais un peu pratiqué pendant une colonie de vacances.

L. B. : Pour moi, c’est l’histoire familiale. Mon père était décorateur de cinéma et ma mère comédienne de théâtre. Ils se sont rencontrés comme ça. Depuis toute petite, je suis attirée par le théâtre. J’ai toujours adoré jouer un autre rôle que moi. C’est ma mère qui m’a donné le goût du théâtre, elle était très heureuse quand elle était comédienne, mais quand elle a eu ses enfants, elle a arrêté de travailler…

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Témoignage

« Oser le faire »

Pascale Clauss est salariée du CIC et adhérente du Club Théâtre depuis sa création. Elle revient sur ce que la pratique du théâtre lui a apporté. « Je me suis inscrite dès la première année, il y a onze ans. Ce qui m’a motivée au départ, c’était d’oser. Oser se montrer, oser le faire... Parce que je manquais un peu de confiance en moi. La passion pour le théâtre est venue après, et c’est devenu un peu comme une drogue !

Mais le but a été atteint. Le comédien qui nous fait travailler est très professionnel et nous apporte beaucoup. Je me suis affirmée grâce au théâtre, maintenant je suis capable de parler en public. Un jour, après la première représentation, je me suis dit : « Je l’ai fait, j’ai réussi à jouer en public ! » parce que le trac, c’est terrible ! Mais c’est aussi ça qui fait qu’après, on est content de soi. Sans le trac, ça ne serait pas pareil, ça donne le piment. Le théâtre apporte beaucoup de confiance et aussi de plaisir, parce qu’on est un groupe qui rigole bien ! »

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Interview

« Je ne fais pas du coaching pour l’entreprise »

Ludovic Girard est metteur en scène et professeur de théâtre. Depuis 12 ans, c’est lui qui fait travailler et qui dirige les élèves du Club Théâtre du CIC. Entretien.

Pour un professeur et metteur en scène, quelles sont les spécificités d’un club de théâtre comme celui du CE du CIC ?

Il y a certains élèves qui m’étonnent… Dans le théâtre amateur, vous avez parfois des acteurs qui sont meilleurs que des professionnels. Je ne crois pas à cette séparation entre amateur et professionnel. Si j’ai à diriger des acteurs, je fais la même chose, qu’ils soient amateurs ou professionnels. Jouvet disait, « Je suis un professionnel, je suis un amateur qui ne fait que ça. »

Le fait qu’il s’agisse du Club d’un comité d’entreprise a-t-il son importance pour vous ?

La seule chose à laquelle je tiens, c’est que le travail des élèves dans ces ateliers ne soit pas utilisé par l’entreprise. Je ne fais pas du coaching pour l’entreprise. La force de vente ou l’éloquence, ce n’est pas mon job. Si les élèves en retirent des choses pour eux-mêmes et qu’après, dans leur travail, ça joue un peu, d’accord, mais ce n’est pas mon propos. Je reste sur un plan purement théâtral. Dès l’instant où ils franchissent la porte du théâtre, qu’il y ait un directeur d’agence, un caissier ou je ne sais qui, je m’en fiche. On est un groupe. S’il y a des rapports hiérarchiques, je les casse tout de suite.

L’aspect social du CE détermine-t-il le choix de vos pièces ?

Non, pour moi, le théâtre ne fait pas passer de message. Ce sont des histoires que l’on essaie de rendre émotionnellement. Par contre, j’avais mis en lecture une pièce sur des histoires de salariés et de ressources humaines qui était vraiment bien. Mais je me suis dit : « Ils sont déjà toute la journée au bureau, dans des rapports hiérarchiques, etc., je ne vais pas en plus leur donner ça à jouer ! » L’idée est plus de les tirer de l’entreprise, qu’ils aient trois heures dans la semaine où ils peuvent s’éclater. Pourtant, ça m’intéresserait beaucoup, à partir de leurs expériences et de leurs impros, de faire une pièce sur ce sujet…

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