Propos recueillis par Anne Guillemard et Ciruela Barreto Le CE de la Fnaim (75) et son Chsct sont très impliqués dans l’accompagnement des salariés souffrant d’une maladie longue ou chronique. Rencontre avec un élu engagé et concerné par la santé et le bien-être de ses collègues.
Pour un salarié, être atteint d’une maladie longue durée ou chronique peut se transformer en double peine quand, en plus de combattre sa maladie, il doit faire à face à une direction pas toujours compréhensive et peu conciliante quant aux aménagements de temps de travail. C’est la situation à laquelle les élus du comité d’entreprise de la Fnaim (96 salariés) ont été confrontés en 2009 quand un salarié, Jean-Pierre Corenthin (cf. encadré), atteint d’une maladie grave, s’est vu refuser le mi-temps thérapeutique qu’il demandait. Suite à cette première expérience, d’autres salariés dans une situation similaire ont pu, eux aussi, bénéficier d’un mi-temps pour suivre leur traitement dans les meilleures conditions possibles.
Christophe Fève, membre du Chsct et récemment secrétaire adjoint du comité d’entreprise de la Fnaim, mais également proche collègue de Jean-Pierre, revient sur l’engagement des élus auprès des salariés malades de longue durée.
Comment a commencé l’implication du comité d’entreprise auprès des salariés malades de longue durée ?
Je n’étais pas encore au CE à cette époque. C’est à la suite de la maladie d’un collègue, Jean-Pierre, qui était aussi élu du CE à l’époque. Au début, il ne voulait pas que ça se sache, que ses collègues soient au courant et il n’en parlait pas. Il a essayé de s’organiser en passant par la voie hiérarchique, mais ça n’a pas marché, la direction lui a refusé son mi-temps thérapeutique. Du coup, il a mis cette question à l’ordre du jour d’une réunion de CE. La maladie de Jean-Pierre a été une vraie prise de conscience pour nous.
Concernant le mi-temps thérapeutique, vous êtes finalement parvenus à faire fléchir la direction…
La mise en place des choses est très laxiste, ici. Il faut demander plusieurs fois ou relancer le débat, afin que les décisions soient prises. Les gens sains ne comprennent pas forcément les besoins d’une personne malade, ou tout au moins l’urgence qu’il y a à agir afin que cette personne soit prise en charge correctement et rapidement, et qu’elle ne stresse pas inutilement, en plus de sa maladie. Le rôle du CE a été très important, notamment grâce aux personnes du service juridique, dont une est spécialisée dans le droit social, et qui font tout leur possible pour peser sur la direction. Aujourd’hui, c’est un peu plus facile pour tout le monde. La mise en place des deux autres mi-temps thérapeutiques s’est mieux déroulée. La direction est plus conciliante, même s’il faut toujours qu’on lui prouve par A+B que notre demande est bien fondée. Jean-Pierre a payé les pots cassés, comme on dit.
Et le Chsct, quel a été son rôle ?
Nous n’avions pas de Chsct ! Il a été créé seulement en 2009, et notamment suite à l’expérience de la maladie de Jean-Pierre. Mais sa mise en place a été longue et difficile. On doit encore prendre contact avec notre médecin du travail. Il faut absolument qu’on ait plus d’informations et plus d’appuis. Au niveau du Chsct, on est encore un peu novices en la matière. Aujourd’hui, les salariés ne sont pas encore suffisamment informés sur les missions et le rôle de leur Chsct. C’est pourquoi nous allons lancer un petit sondage anonyme pour cerner les problèmes liés aux conditions de travail des salariés et pouvoir les faire remonter à la hiérarchie. Je voudrais aussi sensibiliser les gens sur cette question des maladies longue durée et sur les moyens qui permettent de concilier la thérapie et le travail. Il faut que tous les salariés soient informés du fait qu’il y a désormais un Chsct dans l’entreprise, qu’ils ne sont plus tout seuls et qu’on peut les aider.
Hormis le mi-temps thérapeutique, y a-t-il d’autres aménagements pour aider les salariés malades ?
Pour les aménagements de temps de travail, les entreprises y arrivent généralement. En revanche, pour les aménagements de poste, ça peut être plus compliqué dans les petites entreprises, quand il n’y a pas d’autre poste à pourvoir. Dans ce cas, soit le salarié reste sur son poste, soit il va voir ailleurs… Nous avons le cas d’un salarié malade qui travaille à l’accueil. On aurait souhaité lui trouver un autre poste, moins fatigant, mais ça n’a pas été possible car nous sommes une trop petite structure. Il y a aussi toutes les démarches administratives pour lesquelles nous avons une des membres du Chsct, qui est très compétente et qui travaille au service des paies. C’est elle qui a fait toutes les démarches pour Jean-Pierre, par exemple.
Quel conseil donneriez-vous à un salarié confronté à une maladie longue durée ?
La première chose à faire, c’est d’en informer le Chsct pour être épaulé dans ses démarches. Quand on est tout seul face à une direction, on n’y arrive pas. Et si j’avais un conseil à lui donner, c’est qu’il en parle au moins à ses collègues proches. C’est que lorsqu’on le dit, le regard des autres peut être blessant. Mais si on le garde pour soi, ça peut devenir encore plus problématique de continuer à travailler normalement quand on est malade.
Aujourd’hui, diriez-vous que cette expérience a donné un nouveau sens à l’action du CE de la Fnaim ?
Oui, car d’une certaine manière cette histoire a renforcé les liens entre le comité d’entreprise et la direction. Mais ça a surtout renforcé l’action du Chsct en nous convainquant que nous devions aller plus loin dans cette démarche. Car nous avons réalisé qu’au niveau du Chsct, nous n’avions peut-être pas fait tout ce que nous aurions dû. La mise en place du Chsct nous a demandé beaucoup de travail, du coup, on a sans doute laissé un peu filer le côté humain. Ça a renforcé notre état d’esprit.
Les salariés ont-ils été sensibles à cet engagement de leur CE, ont-ils fait eux aussi preuve de solidarité envers leurs collègues malades ?
Entre les collègues, c’est plus compliqué. Pour quelques-uns, cette histoire a aussi resserré les liens. Mais malheureusement, beaucoup de personnes ne se sentent pas impliquées et ne feront pas le moindre effort. Pourtant, un petit coup de fil, ça ne coûte rien ! Et on se sent tellement mieux quand on s’investit un peu… Pour Jean-Pierre, depuis qu’il est revenu, les gens voient bien qu’il est malade, donc ils sont plus gentils, ils demandent des nouvelles. C’est le rôle de chaque employé de veiller sur le bien-être de ses collègues.
Oui, parfois la solidarité tient aussi à des « petits » gestes…
Lorsqu’il a été arrêté pendant un an, nous nous sommes appelés régulièrement pour prendre des nouvelles, moi de son état et de l’avancée de son traitement, lui de la vie de la fédération, du travail, des collègues. J’ai joué mon rôle de collègue. Le lien ne doit jamais être rompu. Il faut qu’il pense que ce n’est qu’un aparté, et que le fil avec « son travail » reste solide, croire qu’il est toujours dans la vie de tout un chacun ; en gros, positiver. Je l’ai eu au téléphone certaines fois où il pensait à « partir ». Il ne tenait plus le coup, et je pense que le fait de garder un lien, aussi ténu soit-il, lui a fait garder l’espoir de rester en vie et de pouvoir reprendre un jour son travail.
Témoignage : « Une situation très pénible »
Suite à une maladie longue durée, Jean-Pierre Corenthin, ancien élu du comité d’entreprise de la Fnaim, a bénéficié d’un mi-temps thérapeutique qui lui a permis de reprendre progressivement son travail suite à son traitement. C’est lui qui a mis pour la première fois la question des maladies longue durée à l’ordre du jour d’une réunion de CE. Il revient sur cette expérience difficile, mais qui n’a laissé personne indifférent dans l’entreprise.
« Les débuts ont été très durs, car ma maladie ne se voyait pas. Lorsque j’en parlais, je laissais mes supérieurs sceptiques, et il a fallu que je m’épuise pour obtenir du télétravail, avec une obligation de présence trois jours par semaine… Faisant partie du CE, j’ai mis mon problème à l’ordre du jour, et si la direction a compris ce que mon état justifiait, il n’en a pas été de même de la RH et de ma directrice. Cette situation m’a été très pénible, et mon médecin m’a mis en arrêt de travail pour le reste de mon traitement (un an, ndlr). Lorsque j’ai repris mon travail, ayant perdu 25 kilos, l’ensemble de mes collègues, direction comprise, se sont rendu compte de la gravité de ma maladie, et m’ont accueilli avec beaucoup de gentillesse et de compréhension. Ainsi j’ai pu reprendre mon travail en mi-temps thérapeutique. (…) Le malade a souvent du mal à s’exposer à la vue de ses collègues, par pudeur. C’est pourquoi, les représentants du personnel, pour être efficaces, doivent se renseigner dans le détail sur la maladie dont souffre leur collègue. »
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Plus d’infos :
# www.aides.org/guide-maladies-chroniques-emploi-2 : deuxième édition du Guide des maladies chroniques et de l’Emploi par Aides).
# www.liguecancer92.org : le comité 92 de la Ligue Contre le Cancer, partenaire du Toit Citoyen, travaille sur le projet « Cap Santé » avec la création d’un livret sur le travail et la maladie, ainsi que des modules de formation en entreprise sur ce sujet.
# www.chroniques-associes.fr : regroupement d’associations de personnes touchées par une maladie chronique.
# www.pathologies-et-travail.org : des outils et des aides pour l’égalité des chances face à l’emploi des personnes touchées par une pathologie chronique évolutive.
# Santé Info Droit : 0 810 004 333
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