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Usine Solidaire : L’humanitaire est au cÅ“ur du Club Loisirs des salariés Häagen Dazs

Paru dans le numéro 52 - Mai-Juin 2011

Par Ciruela Barreto

Le Club Loisirs des salariés Häagen Dazs est porté par l’engagement et la volonté de Pascal Hochedé, son président, pour des causes solidaires. Résultat : des projets ambitieux, une équipe dynamique et des salariés qui participent. Interview.

Depuis vingt ans exactement, toute la production mondiale, hors Amérique du Nord, de la célèbre crème glacée Häagen Dazs vient de Tilloy-les-Mofflaines, près de la ville d’Arras, dans le Nord-Pas-de-Calais. Dans cette usine de 270 salariés, pas de comité d’entreprise (cf. encadré), mais des commissions de travail dont une association de loi 1901, le « Club Häagen Dazs Loisirs », qui s’occupe de toutes les activités sociales et culturelles proposées aux salariés.

Selon l’esprit de la maison, même si le Club est composé d’un bureau de dix membres élus pour deux ans, il appartient à tous les salariés et « tout le monde peut venir proposer une idée d’activité ou d’action de solidarité », explique son président Pascal Hochedé, opérateur emballage de profession. Les « actions de solidarité », c’est justement ce qui porte Pascal Hochedé, la raison pour laquelle il a souhaité intégrer le bureau du Club. Depuis son arrivée, il a imprimé une nouvelle impulsion en développement d’ambitieux projets de solidarité dans la région, mais aussi à l’étranger. Aujourd’hui, toute l’équipe du Club, tous les salariés, managers compris, sont derrière lui et participent activement aux différentes initiatives qu’il met en Å“uvre. L’année dernière, le Club a d’ailleurs été récompensé par les Trophées Initiative Durable des Salons CE, dans la catégorie « Solidaire » pour son projet « Tous solidaires, tous Haïtiens ». Cette année, il se représente pour défendre une nouvelle initiative, « Ã‰lan solidaire Cap Vert ». Nous lui souhaitons bonne chance pour le prix !

Pascal Hochedé, c’est vous qui avez lancé les premières actions solidaires du Club Häagen Dazs Loisirs ?

Quand je suis rentré chez Häagen Dazs, en 2003, le Club ne faisait pas d’actions de solidarité. En 2004, je me suis présenté et ai été élu comme permanent. J’ai tout de suite eu l’idée de lancer des projets solidaires. J’ai toujours aimé travailler dans le milieu associatif. Avec mon épouse qui est institutrice, on avait déjà organisé des partenariats avec des écoles à l’étranger ou des collectes de vêtements pour les enfants défavorisés de la région. Dès que j’ai été membre du Club, j’ai proposé que l’on fasse des actions de solidarité, surtout qu’on est dans une région où il y a beaucoup de problèmes sociaux. Il faut aussi être passionné pour faire ça, parce qu’on ne compte pas nos heures… Il y a une sacrée dynamique dans notre équipe !

Quelles ont été les premières actions ?

Au début, Isabelle Chlebowski, secrétaire du Club, et moi avons proposé que l’on commence par les jouets de Noël en faisant une collecte auprès de tout le personnel pour les Maisons d’enfance de la région. Et aujourd’hui, on continue de faire cette collecte tous les ans… D’octobre à fin novembre, on dispose des grandes caisses au niveau de la cafétéria et chacun y dépose ses vieux jouets. Puis en décembre, nous invitons des Maisons d’enfance à venir chercher des jouets. Ils viennent avec une vingtaine d’enfants, un Père Noël leur distribue les cadeaux, on leur offre un petit goûter, des glaces, ça court partout… Chaque année, on fait ça trois fois, pour trois Maisons d’enfance.

Vous parvenez à collecter beaucoup de jouets ? Les salariés participent ?

Oui, ça doit faire une centaine de cadeaux chaque année. On a même encore du stock… Il y a beaucoup de gens qui viennent nous aider pendant leur pause pour emballer les cadeaux, préparer le goûter ou pour distribuer les jouets. Et il y a aussi Jacky, notre vice-président, qui travaille à la maintenance et qui vérifie tous les jouets un par un, qu’ils sont en état de marche ou qu’ils sont bien complets. Je me dis que si on donne quelque chose, autant bien le faire… Je ne veux pas qu’on offre un puzzle où il manque des pièces !

Vous menez d’autres actions solidaires en faveur de votre région ?

Nous soutenons l’association Thibaut Cauwet pour les enfants atteints de maladies orphelines. La première fois, c’était en octobre 2007, nous avions organisé une vente de glaces en interne pour les salariés à des tarifs très avantageux (5 € environ la caisse de glaces, ndlr) et nous avions récolté 10 000 € pour l’association. Je me souviens que j’avais aussi démarché Henkell France, les produits d’hygiène, parce que je savais qu’ils avaient des stocks destinés à faire des dons. Ils nous avaient donné trois/quatre palettes de lessives et produits vaisselle, que nous étions allés chercher en fourgon et que nous avions vendus avec les glaces.

Pour Thibaut Cauwet, nous organisons aussi un tournoi de football tous les ans, et lorsque l’association organise son propre tournoi, nous venons avec un triporteur pour vendre des glaces. Sur une journée, on arrive à récolter pour 500 à 600 € de glace. Nous sommes fidèles à cette association. Tous les ans, nous sommes à leurs côtés pour les aider. Nous sommes très sensibles à notre région, surtout que le Nord-Pas-de-Calais est très défavorisé. Il y a tellement de misère dans le coin…

Vous menez aussi des actions à l’étranger. Racontez-nous comment ça a commencé.

C’était pour le tremblement de terre à Haïti. Dès que j’en ai entendu parler, j’ai pensé qu’il fallait qu’on fasse quelque chose. Je suis arrivé le matin et j’ai été voir le directeur de l’usine. Il se demandait si ça allait marcher, parce qu’on n’avait encore jamais rien fait à l’étranger. Je lui ai dit : « Ne t’inquiète pas, tu as vu ce que nous faisons pour les enfants de la région, je suis persuadé que si on lance une opération sur Haïti, ça marchera… »

En quoi consistait cette action ?

Au début, je voulais récolter des couvertures, des médicaments... Puis j’ai pensé que ça allait être compliqué, qu’il valait mieux faire une vente de glaces et donner l’argent récolté à la Croix Rouge d’Arras. Ça a été une très grande réussite. Nous avons récolté 10 000 € en vente de glaces sur une journée. J’étais très fier de ce que nous avions réalisé. Ce qu’on voulait aussi, c’était la garantie de savoir comment cet argent serait utilisé. On voulait absolument un retour. Donc on a pu savoir précisément quel matériel a été acheté grâce à nos dons : tentes, couvertures, etc.

Vous avez organisé d’autres actions à l’étranger ?

Oui. L’entreprise ferme tous les ans une semaine en février, pour permettre à la maintenance de démonter, nettoyer et réviser les machines. On profite de cette semaine pour organiser un voyage. L’an dernier, nous avions choisi le Cap Vert et tout de suite je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire là-bas… J’ai commencé par appeler l’Alliance Française au Cap Vert pour qu’elle me mette en contact avec une école qui avait besoin de notre aide. Puis je me suis mis en relation avec cette école, et en septembre j’ai démarré une collecte à l’usine de fournitures scolaires, habillement, jouets, jeux éducatifs, produits d’hygiène, etc. Ainsi que de graines de fruits et légumes, parce qu’ils avaient le projet de faire un jardin. J’ai aussi mis ma femme dans le coup pour qu’elle organise des échanges culturels entre sa classe et l’école de là-bas. Comme d’habitude, les caisses de la collecte se sont bien remplies et on est partis le 18 février 2011 avec 200 kilos de matériel…

En même temps que le voyage organisé pour les salariés ?

Oui. On était 71 salariés, conjoints et enfants, et nos 200 kilos de matériel ! J’avais téléphoné à Jetair Fly, notre compagnie d’aviation, pour les prévenir et leur dire que c’était pour de l’humanitaire, ils ont répondu qu’il n’y avait pas de problème et qu’ils nous offraient l’excédent de bagages. En arrivant, on a rencontré Paolo, l’instituteur avec qui on était en relation, et on a pris rendez-vous pour se rendre à l’école. Là, c’est pareil, j’ai demandé au groupe qui voulait venir et les 71 salariés ont dit : « On vient ! » Il a fallu louer un bus pour transporter tout le monde ! On a passé la demi-journée à l’école de Pretoria, à Espargos, sur l’île de Sal. C’est un souvenir très fort. Fallait voir quand on a sorti les graines du sac… et les équipements sportifs, ballons de football et jeux de maillots…

Et aujourd’hui, vous êtes toujours en contact avec cette école ?

Oui, je suis parti de là-bas en leur disant : « On reviendra ! » Je sais qu’on y retournera… Mon idée est d’aller encore plus loin. Pas seulement d’y retourner avec nos sacs et « Au revoir ! ». Maintenant qu’on sait ce dont l’école a besoin, on va y retourner pour les aider sur place à améliorer leur école. Par exemple, ils ont une pièce qui est vide, pourquoi ne pas en faire une bibliothèque ? Il y a aussi toute la cuisine à refaire, des classes à arranger, le jardin à améliorer… Et ils n’ont pas d’ordinateur, alors qu’ici on change de matériel informatique, autant leur en apporter… On a des choses à faire là-bas. Ce projet est en train de se mettre en place. On va monter un groupe de travail avec des collègues bénévoles qui veulent participer avec moi à cette action de solidarité. L’idée est de faire partir du personnel de chez nous.

Les salariés ont tout de suite adhéré à vos projets ?

Au début, ils ont été surpris. Ils se demandaient si ça aller marcher, où iraient leurs dons… La première année, ça a été difficile. Mais maintenant ils ont confiance. À chaque fois que je lance une opération, tout le monde est derrière. Nous sommes comme une grande famille, très solidaires. Ça a aussi ouvert certaines personnes sur d’autres cultures, d’autres conditions de vie. Maintenant, il y a même des collègues qui viennent me voir pour me proposer des actions de solidarité.

Parmi les autres activités du Club, sport, sorties, chasse, cuisine etc., il y a la « journée environnement ». Expliquez-nous de quoi il s’agit.

L’idée de ces journées est de nettoyer un site naturel. La première journée environnement, je l’avais organisée dans mon village : nettoyer le Crinchon, une petite rivière. On s’est retrouvés un samedi, à cinquante, avec nos bottes et des sacs plastiques, et on a remonté la rivière de 9 h à 14 h pour ramasser tout ce qui traînait. Et pour notre dernière journée environnement, nous sommes partis nettoyer un bout de plage du côté de Boulogne-sur-Mer.

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Interview : « Responsabiliser les salariés »

Jean-François Lescart, Directeur des ressources humaines depuis la création de l’usine en 1991, revient sur la création du Club Häagen Dazs Loisirs.

Pourquoi un Club Loisirs et pas un comité d’entreprise ?

Il y a vingt ans, quand on a démarré l’usine, on a voulu organiser une élection pour créer un comité d’entreprise. Mais personne ne s’est présenté. À l’époque, la moyenne d’âge des salariés était de 23 ans, ils ne savaient pas ce qu’était un CE ou ça ne les intéressait pas. Mais nous, on avait déjà budgété les ASC à 1,23 % de la masse salariale et on n’avait personne à qui les donner ! Et on allait prendre du retard sur tout ce qui est culture et loisirs… On aurait pu faire comme certains, nommer des salariés d’office, mais ce n’était pas notre genre. Du coup, nous avons créé une association de loi 1901 pour faire un Club Loisirs. On est partis sur une carence et finalement le pli a été pris avec le Club. Cela correspondait aussi à la conception que le directeur et moi avions du dialogue social…

Un dialogue social sans comité d’entreprise ?

Oui, nous avons bâti un système de dialogue social un peu original, dont le but est de responsabiliser les salariés. Dans le CE, vous avez un volet économique et un volet culture-loisirs. Nous avons confié la partie culture-loisirs à l’association, dont les membres du bureau sont élus, mais qui appartient à tous les salariés et dans laquelle la direction n’intervient pas, ne met pas d’audit.

Et pour le volet économique, nous avons créé des commissions de travail qui reprennent les points sur lesquels on demande l’avis du CE : intéressement et participation, 35 heures, etc. Mais nous, au lieu d’un simple avis, nous devons parvenir à un consensus par référendum. On est condamnés à l’accord, même si ça doit prendre du temps ! Et pour le Chsct, au lieu de trois représentants du personnel, nous en avons quatorze, parce que nous voulions que chaque secteur de l’usine soit représenté.

Comment est perçu le Club Loisirs par les salariés ?

Ce qu’ils font est vraiment très bien. Pascal a donné une nouvelle impulsion au Club. Les salariés apprécient. Dans le sondage de cette année, on leur demandait de juger l’efficacité de nos 15 commissions. Celle du Club Loisirs est arrivée première avec 93 % d’opinions favorables ! Les salariés ne sont pas prêts à changer de système. S’il y avait un CE, ils auraient moins de représentants pour s’occuper de toutes les activités, là ils en ont dix. Et il n’y a pas d’heures de délégation fixes, ils prennent le temps dont ils ont besoin, c’est tout.

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