
Quel avenir pour le syndicalisme et, par ricochet, pour toutes les instances de représentation des salariés ? La loi du 20 août 2008 sur la rénovation de la démocratie sociale élimine des négociations d’entreprise toute organisation syndicale qui n’a pas obtenu un minimum de 10 % aux élections. Pour exister, les syndicats se voient désormais contraints d’adopter une logique électoraliste, et non plus seulement d’adhésion (pour un bilan détaillé des premiers effets, dans les entreprises, de la loi sur la représentativité, lire en page 38 notre Dossier consacré à la question). Les organisations devront investir davantage de moyens et de temps à la conquête de la représentativité et à son maintien dans le temps.
Mais avec moins de 8 % de salariés syndiqués (la France est bonne dernière des pays européens, selon les statistiques de l’OCDE), qui pourrait se plaindre que le syndicalisme français soit obligé de repenser ses méthodes, son fonctionnement, son rôle et ses relations avec les salariés, tous les salariés ? Toutefois, la question qui se pose aujourd’hui, à l’heure où les confédérations commencent à tirer les premiers enseignements de la loi de 2008, est de savoir vers quel modèle de syndicalisme on veut s’orienter…
Pour le gouvernement, la réponse est claire et même déjà rédigée ! Après avoir habilement ébranlé le système, il propose, par l’intermédiaire du CAS (Centre d’analyse stratégique, ex-commissariat au plan, qui dépend du Premier ministre), un projet clés en main pour « enrayer la baisse des adhésions » : le « syndicalisme de services ». S’inspirant du modèle nordique, les auteurs de l’étude proposent trois pistes : des offres plus concrètes pour les salariés, à l’identique des comités d’entreprise (réductions, voyages…), une mutualisation des moyens des organisations afin d’offrir de meilleurs services (mutuelle, aide juridique…) et un meilleur accompagnement des parcours professionnels des salariés (formation, bilan de compétences…). Déjà en marche dans certaines organisations, ce type de syndicalisme court le risque que l’action syndicale, la capacité à négocier, dépende de la capacité à attirer et à fidéliser les salariés en leur proposant plus de services.
Avec la loi d’août 2008, le salarié vaut plus pour son bulletin de vote que pour son adhésion (à une organisation et à ses valeurs). Avec le syndicalisme de services promu par le gouvernement, les organisations vaudront plus pour leur clientélisme que pour leurs idéologies. Le syndicalisme français est sur un fil : faire preuve de pragmatisme sans pour autant laisser tomber la défense des salariés au profit d’actions consuméristes. La rénovation reste encore à faire.
Ciruela Barreto Rédactrice en chef
Magazine Social CE
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