
« Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’aller séquestrer les gens ? », s’étonnait dernièrement Nicolas Sarkozy en réaction aux premières séquestrations de patrons par des salariés (Caterpillar, Sony et 3M), dont notre pays a été témoin au cours de ces dernières semaines.
Depuis, d’autres séquestrations ont eu lieu (Scapa, Molex, Faurecia), et malheureusement on peut encore s’attendre à en voir de nouvelles, tant le climat social semble loin de s’apaiser.
Mais plus que ces séquestrations, c’est bien l’étonnement du président de la République qui est étonnant. En effet, pour être « étonné » il faut, primo mal connaître l’histoire du syndicalisme français, familière de ce type d action directe, et secundo grandement ignorer la violence subie par les salariés quand ils perdent leur emploi et qu’ils essuient de la part de leur direction un refus de négocier. Alors, autant on peut légitimement condamner la radicalité de ce mode d’action, autant on ne peut guère s’en étonner.
Il y a un autre « étonnement » qui mérite notre attention. Un récent reportage sur les séquestrations de patrons donnait à voir la scène suivante. Dans les locaux de l’usine Caterpillar, devant la porte de la pièce où sont « retenus » cinq membres de la direction, une commissaire est chargée de calmer le jeu (on peut d’ailleurs se demander pourquoi les forces de l’ordre n’interviennent pas pour libérer les cadres). Elle prévient les salariés : « Sous la contrainte, aucune négociation ne tient. » À quoi un salarié répond, sincèrement étonné : « Mais c’est pas une contrainte. La seule contrainte, c’est de négocier ! » Absurdité de l’échange, qui traduit bien l’incompréhension réciproque des parties en jeu et l’impasse du dialogue. Finalement, on se demande si la contrainte n’est pas aussi celle imposée par la direction, en décidant des licenciements et en refusant la négociation. Si contrainte il y a, elle semble bien partagée !
Enfin, il ne faudrait pas que la médiatisation de ces récents événements, qui concernent majoritairement des grandes multinationales, occulte les difficultés de certains patrons de PME et de TPME, qui se battent pour sauver leur entreprise et maintenir l’emploi de leurs salariés. En dépit de la radicalisation de certains conflits, il faut veiller à ne pas céder à la facilité d’une vision manichéenne des rapports sociaux.
Ciruela Barreto - Rédactrice en chef
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