
Le dernier rapport du Conseil d’orientation sur les retraites (COR) nous a été présenté comme une base de réflexion pour les concertations sur la réforme des retraites. Ce rapport, qualifié de « Nostradamus » par Jean-Claude Mailly, fait des prévisions sur les 40 prochaines années et table sur 72 à 115 milliards d’euros de besoins de financement annuel en 2050 ! Le pronostic vital est engagé et l’urgence d’une réforme de rigueur est supposée ne plus faire de doute pour personne…
Mais de quoi s’agit-il ? Alarmisme médiatique (pour vendre du papier ou faire de l’audience), manœuvres politiciennes (mener une réforme dans l’urgence), position syndicale menacée (les 60 ans non négociables) ou équilibre financier du système des retraites effectivement intenable ? Ce mélange des genres et des intérêts rend la question des retraites de plus en plus opaque pour les citoyens et contribue à une forte inquiétude ambiante. Mais la peur est mauvaise conseillère, et l’on peut craindre le pire, comme faire passer des coupes drastiques dans les systèmes sociaux sous prétexte de difficultés financières sans précédent.
Pour sortir de cette cacophonie, le gouvernement compte sur une équation qui a le mérite de la simplicité : nous vivons plus longtemps, donc nous devons travailler plus longtemps. Ce message, sous son apparence de bon sens (et il faut se méfier lorsque l’on en appelle au bon sens), occulte la question qui fâche : pourquoi, en France plus qu’ailleurs, tant de salariés aspirent-ils à décrocher de leur travail avant 60 ans ?
Et pourtant, de nombreuses autres pistes existent : système par répartition ou par capitalisation, hausse des cotisations, baisse des pensions, prise en compte de la pénibilité, alignement du public sur le privé, changement du mode de calcul… Mais toutes ces possibilités ont peu de chances d’être réellement explicitées dans le débat public.
En outre, en écartant d’emblée la possibilité d’une hausse des cotisations patronales et salariales, le gouvernement s’engage vers une réforme qui ne fera que poursuivre les nombreuses réformes précédentes : depuis 1987, pas moins de cinq « réformes des retraites » qui ont toutes, invariablement, participé à rendre le système moins généreux pour en réduire le coût malgré le vieillissement de la population. Le gouvernement, en choisissant d’actionner le levier de l’âge du départ à la retraite plutôt que de rassurer une société inquiète par les conséquences de la crise, jette de l’huile sur le feu et prend le risque de l’affrontement social.
Ciruela Barreto
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