
Tout le monde se souvient encore des PTT. Pendant près d’un siècle, de 1878 à 1990, grâce aux services des « Postes, Télégraphes et Téléphones », les moyens modernes de communication se sont démocratisés : boîtes aux lettres au coin de la rue et téléphone à tous les étages.
Ce n’est qu’en 1990 que la réforme des PTT a donné naissance à France Télécom pour la téléphonie, et à La Poste pour le courrier. C’était la première d’une série de lois qui allaient transformer l’ancienne Direction Générale des Télécommunications (DGT) en sociétés anonymes à capitaux ouverts. En 2006, privatisation de France Télécom, qui plus est sur un secteur hyper concurrentiel, et aujourd’hui, remise en question du statut public de La Poste.
Le contexte économique, l’offre de services, les outils de travail, la gestion des ressources humaines… Il ne reste plus grand-chose de l’institution qu’étaient les PTT. Plus grand-chose, sauf une : plusieurs milliers de salariés bénéficiant encore du statut de la fonction publique. Des milliers de fonctionnaires qui s’étaient engagés dans le service public comme on entre en religion, avec l’assurance d’un emploi à vie, d’une évolution de carrière sécurisée et d’avantages sociaux. Pour ceux de France Télécom, le passage à la concurrence s’est révélé être une descente aux enfers : en témoignent à titre posthume les 25 salariés qui se sont suicidés au cours des derniers 18 mois. On comprend que ceux de La Poste craignent pour leur avenir et s’insurgent contre une possible privatisation. La modernisation sociale et économique est certes nécessaire – d’ailleurs La Poste est déjà en situation de concurrence pour le bancaire, la messagerie, les colis et les courriers express –, mais actuellement ce ne sont pas les vieilles PTT que nous enterrons, mais ses salariés !
Suite au succès de la « votation citoyenne » sur le statut de La Poste, les partis de gauche, les syndicats et de nombreuses associations réclament un référendum d’initiative populaire. Bien qu’inscrites dans la Constitution, les modalités d’application de cette loi n’ont encore jamais été votées et le gouvernement ne semble pas pressé d’y remédier. Pourtant, au-delà de la question posée, un tel référendum aurait au moins le mérite d’ouvrir un débat national plus large sur l’idée d’un service universel en France. Débat dont nous ne pouvons faire l’économie dès lors que notre pays s’engage vers la privatisation de ses services.
Ciruela Barreto
Magazine Social CE
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