
Puisqu’on me donne l’occasion d’écrire cet édito tel un devoir de vacances, je souhaite qu’il soit mieux qu’un placebo et je désire partager avec vous une inquiétude, une de plus. Parmi les lois de l’été, le Sénat a adopté la proposition concernant l’organisation de la médecine du travail sans toucher aux amendements votés par le Parlement le 5 juillet, et cela malgré la contestation des médecins, qui avaient prescrit de nombreuses mises en garde pour sauver une médecine de moins en moins douce…
Dans la tête des patients, elle se résume souvent aux visites médicales, au détriment de son objet fondamental, celui d’être une médecine de prévention, ce qui ne soigne pas vraiment son manque d’attractivité… La profession affiche une dévalorisation sans remède précis, avec 1 500 départs à la retraite dans les trois prochaines années !
De moins en moins nombreux, les médecins du travail ne pourront donc plus remplir leurs missions, dont la principale est la prévention des risques professionnels qui, eux, augmentent… Avec 16 millions de salariés dans le privé et un recrutement en panne de vocations, leur charge va croître, et cela n’ira pas sans poser de problèmes.
L’autre souci majeur est la remise en cause de leur indépendance. Et ce n’est pas en donnant plus de délégation aux infirmières que tout va s’arranger. Cette délégation est contraire au Code de santé publique et annonce les prémices d’une médecine « low-cost », à l’image d’autres secteurs de notre pays. Docteur, j’ai peur ! Les urgentistes ont aussi tiré la sonnette d’alarme au rythme de nombreuses piqûres de rappel. Même combat pour certains secteurs de la fonction publique. Tous dénoncent d’une même voix les coupures de budgets, l’absence de véritable traitement et une stratégie de communication comme un mauvais pansement...
Moins de médecins, moins de policiers, moins d’enseignants, moins d’éducateurs… plus de serveurs vocaux, plus de centres d’appels… Moins d’accueil, de services, d’aide, de lien social, plus d’attente, de déshumanisation, de stress et de mal-être. Est-ce le bon diagnostic d’économiser par petits bouts pour éponger une dette publique qui pourrait avoir des relents de tonneau des Danaïdes ?
Les vases communicants n’ont jamais été une solution et mènent à la cavalerie, à la destruction de l’économie, et surtout au « mal-vivre ensemble », avec des conséquences comme les maladies, les accidents et autres malheurs… Et quand vient l’addition finale, le calcul n’est jamais bon ! En médecine plus qu’ailleurs, l’aval a toujours coûté plus cher que l’amont. Prévenir, sensibiliser, éduquer, encadrer, accompagner, voilà des verbes qui vont bien sur l’ordonnance d’une société « normale ». Sauf que depuis quelques années, on a décidé de retirer du Vidal et de mettre au tableau C le verbe « assister »… Bonne rentrée malgré tout… malgré lui, comme déclamait le médecin de Molière. Tout ça pour vous dire que parfois, il y en a marre de ce théâtre où l’on veut nous faire prendre des vessies pour des… malades imaginaires !
Patrick Gobert
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