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CE FOTOVISTA : les premiers pas d’un élu

Paru dans le numéro 39 - Mars-avril 2009

Des patrons qui ne savent pas ce qu’est un comité d’entreprise, ça existe !

La réalité des comités d’entreprise n’est bien évidemment pas la même dans toutes les entreprises ni pour tous les élus. Ce constat est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de votre premier mandat et que, pour diverses raisons, vous vous retrouvez seul en charge du comité d’entreprise…

C’est dans cette situation délicate que nous avons rencontré Claudio Francone, élu du comité d’entreprise de Fotovista, alias Pixamania. Dans cette société, le comité d’entreprise peine à trouver sa place face à une direction qui semble ignorer le rôle, voire même la présence, de ses représentants du personnel. Issus de la culture start up, les membres de la direction ne paraissent guère attachés à établir un dialogue social au sens traditionnel du terme.

L’entretien a lieu dans une minuscule pièce, sur la porte de laquelle aucune plaque n’indique encore qu’il s’agit du bureau du comité d’entreprise. Claudio Francon nous livre le témoignage d’un élu novice, mais qui entend bien faire son chemin.

Claudio Francone, depuis quand êtes-vous élu et quelle est la situation de votre comité d’entreprise aujourd’hui ?

Je suis élu depuis deux ans et demi, c’est donc mon premier mandat. Il y avait déjà un comité d’entreprise auparavant, mais c’était plutôt un comité fantôme… Donc, quand je me suis présenté, nous étions quatre, tous novices. On n’a pas fait de liste parce que personne n’avait d’expérience de CE. Mais certains se sont présentés un peu comme dans un jeu, et ils n’ont jamais vraiment participé. Ils ont peut-être fait ça pour s’assurer une protection d’emploi, je ne sais pas… Quoi qu’il en soit, au début on était quatre, très vite on n’était plus que deux, et au bout d’un an et demi, suite à une démission et à un congé maternité, je me suis retrouvé tout seul ! Résultat, depuis le mois de juillet, j’assiste seul aux réunions CE…

Dans ce contexte, qu’est-ce qui est le plus difficile pour vous ?

C’est le fait de manquer complètement d’expérience. Au début de mon mandat, j’ai fait une formation de trois jours, assez générale, sur le fonctionnement et le rôle du comité d’entreprise. Ça m’a un peu aidé, mais après, c’est l’expérience qui me manque. Par exemple, lorsque nous avons eu un petit licenciement économique de neuf personnes, j’ai eu le sentiment de ne pas être pris au sérieux et de ne pas servir à grand-chose. La direction est restée à la limite de la loi, elle m’a informé à la dernière minute et je n’ai rien pu faire. C’était très frustrant. Surtout que dans ce cas précis, il y avait des choses à faire… D’ailleurs, ils vont bientôt réembaucher trois personnes pour ce même service, et tous les licenciés qui sont allés aux prud’hommes vont probablement gagner !

N’avez-vous pas cherché du soutien auprès d’un inter-CE, par exemple ?

Oui, je suis membre du Toit Citoyen. Ça me permet d’assister à des conférences et de rencontrer d’autres élus. Mais le problème, c’est que les thèmes qui y sont généralement abordés, dans la mesure où je n’ai aucun contact avec la direction, ne me concernent pas encore.

Comment réagissez-vous à cette situation pour le moins désagréable ?

Suite à cette mauvaise expérience des licenciements, je me suis dit : « Soit j’arrête le comité d’entreprise parce que ça ne sert à rien, soit je le fais plus sérieusement et je deviens délégué syndical. » J’ai opté pour la seconde solution, et depuis un mois, je me suis syndiqué FO pour avoir un minimum de poids, de considération et de soutien.

Quels sont vos rapports avec votre direction ?

Inexistants ! On n’a jamais eu de dialogue avec la direction. Les patrons nous considèrent seulement comme une menace. Pour eux, nous sommes les méchants, c’est tout ! Depuis un mois que je me suis syndiqué, je ne les ai toujours pas rencontrés, alors que normalement on est supposé avoir un rendez-vous dans les quinze jours… On n’a toujours pas de panneaux d’affichage, ni de local syndical… Ils ne répondent jamais à nos courriers. S’ils persistent, je vais devoir faire appel à l’inspection du travail, je n’ai pas le choix. Mais je suis plutôt optimiste, les lignes vont forcément bouger !

Comment expliquez-vous ce manque de considération de votre direction ?

Fotovista existe depuis 15 ans. C’est une entreprise familiale qui a commencé dans l’industrie photographique et qui compte aujourd’hui plus de 1 000 salariés. Mais depuis 9 ans, nous sommes en fait devenus Pixmania, une société de e-commerce montée par les fils des fondateurs de Fotovista. Ils ont 30 ans et n’ont aucune culture d’entreprise. Ils ont tendance à considérer leur entreprise comme une start-up, et ils pensent que tout le monde est prêt à travailler sans compter pour la boîte. Leur modèle d’entreprise, c’est Google. Un des patrons se dit même « chief Evangelist », et est censé transmettre les valeurs de l’entreprise… En fait, ils ne savent pas ce qu’est un comité d’entreprise, ils ne connaissent pas leurs obligations et ne savent pas à quoi ça sert. Mon manager ne fait pas la différence entre un délégué du personnel et un élu de comité d’entreprise… Pour eux, Pixmania et le CE sont deux choses différentes. Je pense que c’est une question de culture.

Avez-vous néanmoins réussi à négocier certaines choses ?

Non, pas vraiment. À l’époque, il y avait une DRH (aujourd’hui, il n’y en a plus, ils sont en phase de recrutement), et elle nous a menés en bateau. Aucune de nos négociations n’a abouti. Les seules choses que l’on a plus ou moins réussi à obtenir, c’est au moins qu’ils respectent la loi, parce qu’ici on ne fonctionne pas normalement… Il y avait des mises à pied sans avertissement, qui étaient injustifiées et incohérentes ; aujourd’hui, elles sont moins fréquentes, même si les procédures ne sont pas toujours très claires… Dans certains services, ils ne payaient pas les heures supplémentaires (dans ceux où l’on travaille le plus, elles ne sont pas payées, et dans ceux où l’on travaille le moins, elles sont payées !). Ils ne veulent pas rémunérer les trois jours de congé pour enfant malade, sous prétexte qu’après, il y aurait des dérapages. Nous n’avons toujours pas d’accord RTT. Et nous les avons aussi obligés à respecter les temps de repos compensateur.

En fait, le seul véritable point sur lequel nous avons véritablement obtenu quelque chose, c’est la mutuelle. Auparavant, il n’y avait que les cadres qui avaient droit à une mutuelle, désormais tous les salariés y ont droit.

Comment utilisez-vous votre budget de fonctionnement ?

En fait, on ne le dépense pas vraiment pour l’instant. Un peu au début, pour nous installer, pour les fournitures, la formation, Canal CE, une souscription au Toit Citoyen… Mais le budget dort un peu.

Et pour le budget des activités sociales et culturelles du CE ?

Pour le budget des ASC, c’est zéro, zéro ! Ils ont tout refusé, parce qu’ils veulent garder le monopole des activités culturelles. Ils ne veulent rien déléguer. Par exemple, ils organisent des soirées, mais ils refusent de nous laisser le faire. On a aussi proposé de mettre en place une DVDthèque – pour Pixmania, ce n’est pas très compliqué, vu qu’ils vendent des DVD – et ils ont refusé. Mais peu de temps après, ils ont décidé de mettre des DVD à la libre disposition des salariés. Résultat : au bout de quelques semaines, tout avait disparu ! J’ai également voulu que nous participions à un tournoi de foot en salle. Ils ont encore refusé, mais récemment, ils ont annoncé qu’ils allaient nous inscrire à un tournoi de… foot en salle ! La seule chose que j’ai pu faire, c’est un abonnement à Canal CE sur le budget de fonctionnement. Il y a quelques commandes des salariés, mais comme on ne peut rien subventionner, ce n’est pas toujours très intéressant.

Êtes-vous soutenu dans votre engagement par les salariés ?

Dans cette entreprise, pour la plupart des salariés, il s’agit d’un premier emploi. La moyenne d’âge est inférieure à 30 ans, et il y a beaucoup de turnover. Ils n’ont pas véritablement de culture d’entreprise et ne savent pas toujours ce qu’un comité d’entreprise pourrait leur apporter. Mais ça commence à changer. Ils attendent que nous leurs proposions des choses de base, comme des chèques cadeaux pour Noël, enfin un petit quelque chose ! Certains commencent à être là depuis longtemps, et aussi, depuis qu’il y a des représentants syndicaux, ils se sentent davantage concernés, ils identifient mieux notre rôle.

Si vous en aviez l’occasion ( !), quel message voudriez-vous faire passer à la direction ?

Le message qu’on voudrait leur faire comprendre, c’est que leurs salariés ont grandi, ce ne sont plus des grands adolescents. Ils n’ont plus les mêmes exigences et ils ne suffit plus de leur proposer de faire des heures supplémentaires pour les satisfaire. Certains veulent évoluer dans leur travail, d’autres ont une vie de famille, des enfants… Ils aimeraient avoir un 13e mois, des jours de repos compensateur…

Pour quelles raisons vous êtes-vous présenté au comité d’entreprise ?

Je ne sais pas vraiment ce qui m’a motivé… C’est en discutant avec un collègue, et aussi pour voir autre chose dans l’entreprise. Ici, il n’y a aucune politique sociale. Beaucoup de salariés sont surdiplômés pour leur emploi, donc forcément, quand tu arrives à quarante ans, tu cherches de nouvelles responsabilités et tu finis par te syndiquer !

Que vous a apporté votre rôle d’élu ?

Beaucoup de choses… Aujourd’hui, j’ai un regard plus global sur l’entreprise. C’est un peu une découverte pour moi. Je suis en contact avec tous les services, et je ne vois plus seulement que mon poste de travail. Et aussi, je suis plus connu dans l’entreprise, ce qui m’a permis d’avoir de nouveaux échanges avec les autres salariés. Ils commencent à s’intéresser au comité d’entreprise et viennent me voir quand ils ont des problèmes. C’est très enrichissant.

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